Article paru dans le Journal L'Alsace le
10 février 2007
Les bâtiments, les graffs qui ont fleuri dans les friches, l’étang…
Jean-François Mattauer est un connaisseur passionné du site DMC. Il l’a peint.
Christine Hart l’a photographié au printemps dernier. Petite visite en leur
compagnie.
« Je trouve cet endroit fabuleux », dit Jean-François Mattauer, alias
Giefem, en parcourant les bâtiments en friche abandonnés par DMC en face de
l’usine actuelle, à deux pas de la maison où il habite depuis vingt-cinq ans.
On ne saurait imaginer meilleur guide que lui : ces lieux, l’artiste —
dessinateur de presse de L’Alsace, peintre et musicien —les connaît comme sa
poche. Depuis plus d’un an, il vient très souvent y poser son chevalet, de jour
comme de nuit, pour saisir sur ses toiles de multiples facettes de ce morceau
de patrimoine mulhousien auquel il est si attaché. Les bâtiments en brique
rouge portent parfois leur date de naissance : « 1879 », « DMC
1901 »… Au-delà des murs, certains ont conservé quelques traces de leur passé
industriel : les restes d’un pont roulant ; des quais de chargement
sous leur toit en dents de scie… Le site, resté accessible, a souffert :
toitures éventrées, locaux en partie incendiés, déchets accumulés… La nature y
a parfois repris ses droits : en de nombreux endroits, herbes et même
arbustes sont parvenus à percer le béton. « Ici, en été, c’est une petite
forêt », illustre Giefem, dans un coin du plus grand bâtiment, « qui donne
l’impression d’une cathédrale industrielle », dit-il.
« Une vraie galerie d’art »
Cette « cathédrale » a dû servir de refuge à des squatters, qui y
ont laissé chaises ou couverture. Mais, comme les façades d’autres bâtiments du
site, ses murs intérieurs ont surtout servi de support à de talentueux
graffeurs. « Ces graffs sont très beaux. Je mets ce graphisme à hauteur
d’artistes. Et c’est un travail gratuit, personne ne vient le voir », commente
notre guide, en se remémorant sa découverte des lieux : « Ça a été
une baffe. J’étais émerveillé. Comme un mec devant la première exposition
Picasso. C’est une vraie galerie d’art ». Et Jean-François de rêver de voir cet
espace reconverti en véritable lieu d’exposition. « J’y verrais bien par
exemple des grands D’Onofrio… ». Et pourquoi pas y organiser des défilés de
mode, imagine-t-il encore ! Mais ces friches sont quasi-condamnées (lire
ci-contre). De l’autre côté de « l’avenue des platanes », sur le site
conservé par DMC, le réfectoire et l’ancien bâtiment de la direction de l’usine
ont eux aussi perdu leurs vocations respectives. Là encore, Giefem souligne le
charme et la valeur patrimoniale de ces édifices qu’il a peints, tout comme
l’étang voisin : « En été, il y a de superbes nénuphars. C’est mon
jardin de Giverny », sourit l’artiste.
François Fuchs
Jusqu’à 100 logements
L’ancien bâtiment de DMC à l’intérieur duquel les graffeurs s’en sont donné
à cœur joie et les bâtiments voisins en friche, murés ou fermés, pour certains
incendiés, s’étendent sur une grande parcelle à l’angle de la rue de Pfastatt
et de l’« avenue des platanes », le passage arboré qui part de la rue de
Pfastatt pour aller jusqu’à la rue de Thann. Ces bâtiments déjà bien dégradés
ne devraient pas subsister : un permis de démolir a été délivré en février
2006 à la société civile immobilière à qui appartient aujourd’hui ce terrain.
Selon la mairie, cette SCI est en quête depuis près de deux ans de maîtres
d’ouvrage intéressés par le site, mais aucun projet précis n’a été présenté
pour l’heure. Le règlement d’urbanisme de Mulhouse permet, sur cette parcelle,
la réalisation de 100 logements, indique-t-on. Rappelons que pour le vaste site
qu’a conservé DMC, de l’autre côté de l’« avenue des platanes », un accord
vient d’être conclu entre l’entreprise et les collectivités. Cet accord,
présenté lundi par le sénateur-maire, prévoit notamment le recentrage de DMC
sur sept hectares et le rachat par la Serm (la Société d’équipement de la
région mulhousienne) des dix hectares que n’utilisera plus l’entreprise (notre
édition de mardi).

L’ancien bâtiment de DMC investi par des graffeurs : une sorte de
« cathédrale industrielle » reconvertie en « galerie d’art »,
dit Giefem, qui adore ce lieu. Photos Christine Hart

Selon toute vraisemblance, ces bâtiments industriels au passé glorieux
seront rasés pour céder la place à d’autres constructions. Le terrain permet de
bâtir une centaine de logements.

La superbe façade de l’ancien réfectoire de DMC. Ce bâtiment, qui date de
1886, fait partie du périmètre que la Serm est chargée d’aménager. Quelle
reconversion trouvera-t-il ?

À même les murs en briques, de l’art urbain.

Autre œuvre laissée par les graffeurs.

L’endroit a dû servir de campement.

Un morceau de friche sous le pinceau de Giefem.

Jean-François Mattauer lors d’une de ses innombrables visites sur la friche
qui faisait jadis partie du site DMC. Quand il ne fait pas le pitre, l’artiste
y pose souvent son chevalet.