Le Réfectoire, projet exotique

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jeudi 21 janvier 2010

Pétition pour Joël Gunzburger

/ La Lettre du Spectacle - bimensuelle - N° 243 du 8 janvier 2010 /

L'association des scènes nationales a adressé au ministre de la Culture et aux différentes tutelles de la scène nationale de Mulhouse une lettre de soutien en faveur de Joël Gunzburger. Le maire adjoint à la culture a engagé une vraie politique de déstabilisation du directeur de la scène nationale ", écrivent les 58 signataires de cette lettre qui demandent son maintien à la tête de l'établissement. Interrogé par La Lettre du Spectacle'', le maire-adjoint, Michel Samuel-Weis, se refuse à commenter cette mise en cause personnelle : "La Filature est une association (présidée par Bertrand Jacoberger, dirigeant de la société Solinest - NDLR), liée à la mairie par une convention. Pour ma part, je n'ai jamais demandé la tête de personne."

mardi 9 juin 2009

Pique-nique

Article paru dans le journal L'Alsace le 9 juin 2009

Le site DMC a ouvert ses portes aux habitants des quartiers de Mulhouse, dans le cadre de l’opération « Ma vie est un théâtre ». Il s’agissait d’un pique-nique géant, organisé sur les pelouses du réfectoire. Les nombreux pique-niqueurs ont bénéficié, outre d’une journée ensoleillée, d’un copieux programme festif. Il y avait des ateliers et jeux pour les plus petits, des animations gustatives et du folklore turc. Autre animation proposée, le spectacle phare intitulé Les déguindés du réfectoire joué par la compagnie théâtrale Chat’Pître Compagnie. Cette troupe s’est aussi improvisée tour opérator, en invitant le public à parcourir quelques quartiers anciens à bord d’un petit train.

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Photo Florence Platof

jeudi 4 juin 2009

Yann Arthus-Bertrand inflige au monde sa vision esthétique de l’écologie financée par un mécène, le groupe Pinault qui annonce 2000 licenciements

Un article de Claude-Marie Vadrot

ReVu de presse - article paru sur politis.fr le 4 juin 2009

L’art de transformer une catastrophe à venir en objet esthétique et politiquement aussi correct que lénifiant. Le triomphe de la communication face aux inquiétudes des écologistes et d’une partie de la population mondiale. Le film va faire un tabac au Bangladesh et au Niger...

La presse presque unanime se déchaîne pour vanter les mérites du film de Yann Arthus-Bertrand passant en « première mondiale » sur France 2, sur Internet, dans les cinémas de 127 pays et aussi, parait-il, sur 65 chaînes de télévision du monde pour célébrer la journée mondiale de l’environnement. Pour son plaidoyer de belles images, comme d’habitude chez ce « nouvel écologiste », comme dans sa « Terre vue du ciel », il oublie tout simplement l’homme, les hommes ; ce photographe a trouvé un filon lui ayant rapporté (pour le livre tiré du premier film) prés de 6 millions de droits d’auteur, sans compter les produits dérivés. Pour le plus gros coup de sa carrière il a mobilisé des banques, des villes, des chaînes de télé et le mécène François-Henri Pinault qui dirige le groupe PPR fondé par son père François Pinault considéré comme la plus grande fortune d’Europe. Pour mémoire, le groupe PPR c’est Le Printemps, Gucci, Puma, Yves Saint-Laurent, Boucheron, Balenciaga, etc. Des babioles auxquelles il faut ajouter Conforama (800 licenciements), la Fnac (400 licenciements) et la Redoute (670 licenciements). De quoi dégager, sur un chiffre d’affaires de 3380 millions d’euros, quelques économies pour payer le film de Yann Arthus-Bertrand. Lequel court d’un média à l’autre pour nous expliquer qu’il a travaillé à l’oeil, qu’il n’en tirera aucun bénéfice. De quoi faire sangloter dans les chaumières devant une telle abnégation. En attendant le livre et le CD...

Cet homme qui a découvert il y a quelques années, pour faire son premier film presque exclusivement financé par les Nations Unies, que l’écologie permettait de se faire une extraordinaire publicité et de gagner de l’argent, est sans aucun doute le plus grand escrologiste de l’année. La seule fois où je l’ai rencontré, dans un avion qui nous ramenait de Macédoine en avril 1999, il ignorait le mot écologie. Ce n’était alors pour lui qu’une vaine agitation et une vague source d’esthétique vue d’hélicoptère ou de ballon dirigeable.

Ce qui est remarquable dans les délires néo-écologistes de Yann Arthus-Bertrand, c’est sa capacité à oublier les hommes, à occulter les conflits, à nier les exploitations, à passer sous silence les rapports de force et les origines des destructions. L’écologie, même catastrophique, se fait image, esthétisme et bons sentiments. Pour faire d’une horreur ce qu’il considère comme une oeuvre d’art susceptible de capter le public pour lui faire oublier les mécanismes économiques et politiques des destructions. Tout en lui suggérant, à ce public, qu’il est le premier responsable. Une façon comme une autre « d’entraîner dans le consentement de la catastrophe » comme le dit si bien Paul Virilio.

Alors que Nicolas Hulot a transformé son esthétisme de la découverte du monde en pensée et prise de conscience écologique de plus en plus approfondie, l’auteur de « Home » puisque tel est son nom vendable dans toutes les langues, à transformé l’écologie, sa vision de l’écologie, en fait-divers et en images finalement sécurisantes. Nicolas Hulot n’est pas doué en politique, domaine dans lequel il a sagement renoncé à s’impliquer directement, mais Yann Arthus-Bertrand a réussi à ramener l’écologie à un art du spectacle et de l’esbroufe parfaitement récupérable et assimilable par les politiques. Donc en objet purement politique, version douce et inoffensive. Exploitable par tous les politiques amis de François-Henri Pinault qui s’est marié dans un luxe inouï au théâtre de la Fénice de Venise au mois d’avril dernier. L’histoire ne dit pas si notre nouveau cinéaste était de la noce et ce qu’il pense de ce gaspillage luxueux par l’un des amis de coeur du président de la République.

Le 5 juin, jour anniversaire de la première conférence mondiale des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm en juin 1972, il sera, il aura été, bien difficile d’échapper au consensus mou de la beauté catastrophique et au concert de louanges montant vers la camarilla présidentielle à la veille d’une élection européenne...

Que Yann Arthus-Bertrand laisse entendre qu’il vote Europe-Ecologie ne me console pas le moins du monde. Car l’écologie est tout sauf un art. Curieusement, Al Gore l’avait (presque) compris.

PS : Grosse cerise sur ce gâteau industriel : vendredi soir, François-Henry Pinault est venu lui-même vendre la marchandise dans le journal de France 2....

mercredi 18 février 2009

Projet urbain DMC : les habitants consultés

Article paru dans les Dernières Nouvelles d'Alsace le 18 février 2009

L'aménagement de la friche DMC et plus largement des 75 hectares compris entre la rue de Pfastatt, l'avenue DMC, l'avenue Briand et la voie ferrée Mulhouse-Strasbourg, vont faire l'objet d'études en vue de préciser la physionomie et le contenu du futur nouveau quartier. La procédure de concertation préalable en a été lancée lundi soir en conseil municipal. Le comité de pilotage se propose de réfléchir aux moyens « de créer un facteur d'attractivité pour la ville et l'agglo, de reconquérir le site, de valoriser le patrimoine bâti et le paysage existant, et de réaliser un aménagement exemplaire du point de vue environnemental. » Le rendu des études, qui permettront d'affiner le projet, est attendu au premier trimestre 2010. La reconquête de cette partie de ville, très largement imprégnée par l'histoire industrielle de Mulhouse, s'annonce comme une opération lourde tant les friches y sont nombreuses. Elle fera l'objet d'une concertation préalable associant habitants et associations locales afin de définir les attentes des uns et des autres.

Conseil municipal: l’avenir du site DMC fait cogiter les élus

Article paru dans le Journal L'Alsace du 18 février 2009

Le site DMC et son avenir : voilà un sujet qui suscite toujours la passion, même au détour de deux délibérations purement techniques, comme lors du conseil municipal de lundi soir.

Outre le débat budgétaire 2009 (notre édition d’hier), l’avenir du site mulhousien de DMC figurait lui aussi au sommaire du conseil municipal de lundi soir — et bien que ce fût seulement au détour de deux dossiers techniques, ce sujet passionnel n’a pas manqué de soulever une nouvelle fois le débat. Rappelons d’abord que l’entreprise s’est recentrée en février 2007 sur sept hectares de son emprise initiale, ce qui a permis à la Société d’équipement de la région mulhousienne (Serm) d’acheter dix autres hectares, en vue d’y créer un nouveau « morceau de ville ». Pas tout de suite, bien sûr : l’échéance de projets urbanistiques d’une telle ampleur court facilement sur une quinzaine d’années… Bref, on en est encore aux phases de réflexion préparatoire, très en amont d’un quelconque premier coup de pioche.

Lundi soir, les élus municipaux se sont donc (unanimement) prononcés en faveur de l’engagement d’une concertation préalable, ainsi que pour la mise à l’étude d’une opération d’aménagement sur un périmètre encore plus vaste que le site DMC lui-même, par souci de cohérence : 75 hectares en tout, délimités par les voies ferrées, l’avenue DMC, la rue de Pfastatt et l’avenue Aristide-Briand. Ceci posé, un vote unanime n’a jamais empêché le débat. Ainsi l’élu d’opposition Darek Szuster (groupe PS) sollicite-t-il la parole : « Par l’absence de propositions concrètes, ce projet de délibération manque d’ambition et ne soulève pas l’enthousiasme. Pourquoi les élus ne pourraient-ils pas rêver autour de ce projet et essayer de susciter le débat avec plus d’engagement ? »

« Notre groupe réfléchit depuis quelque temps sur les possibilités qu’offre ce site », poursuit Darek Szuster, qui cite à dessein le projet d’une « Cité de la musique », afin de pallier la vétusté de plusieurs équipements culturels actuels : « Grâce à cette Cité, Mulhouse pourrait retrouver une salle capable d’accueillir entre 1300 et 1600 personnes mais aussi proposer des locaux plus adaptés au conservatoire de musique », estime Darek Szuster, qui interpelle directement Jean-Marie Bockel : « Les bases que votre groupe pose pour ce projet me paraissent encore trop floues ».

Il y a un temps pour tout

Manque d’engagement, trop de flou ? « Je suis toujours prêt à tout entendre, mais tout de même ! s’indigne le maire. Si nous n’avions pas eu l’intuition, il y a quelques années, de la possibilité d’un projet urbain sur ce site, la délibération d’aujourd’hui n’aurait pas lieu. » Bref : sans contester la validité de ce projet de « Cité de la musique », Jean-Marie Bockel estimeque l’opposition socialiste grille quelque peu les étapes : « Vous verrez, argumente encore le maire, il y a un temps pour tout, et il y a aura encore d’autres étapes… Mais cette délibération n’interdit rien ». Place au vote : les deux délibérations sont adoptées à l’unanimité.

Emmanuel Delahaye

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Par souci de cohérence, la réflexion sur le devenir du site DMC sera étendue à un périmètre urbain plus vaste, de quelque 75 hectares. Archives Denis Sollier

vendredi 23 novembre 2007

DMC, un site riche de promesses

Article paru dans le Journal L'Alsace le 23 novembre 2007

L’association « Mulhouse, j’y crois » a réfléchi sur la reconversion de ce site particulièrement important pour l’avenir de la ville.

On se souvient du principe — qui rappelle un peu ce qui s’est passé à la Fonderie : DMC a recentré son activité de production sur une petite partie de son site historique, cédant le reste et rendant ainsi possible la reconversion d’une surface suffisamment vaste pour accueillir un quartier neuf tout entier. Une opération à long terme, à l’échelle de 15 ou 20 ans, qui se réalisera vraisemblablement en plusieurs étapes. On en est donc pour l’instant au stade des réflexions et des propositions. L’association Mulhouse j’y crois — qui s’est donné pour but de « faire émerger des idées pour l’avenir de Mulhouse » apporte sa contribution à cette réflexion sous la forme d’un document et d’un CD, s’appuyant sur des travaux de Pierre Fluck, professeur à l’UHA et de Marie-Claire Vitoux, présidente du Conseil consultatif du patrimoine mulhousien.

Ambition partagée

« DMC est un site dont l’importance de la reconversion dépasse l’aménagement d’une simple Zac aux fonctions mixtes combinant habitat et activités. Il faut concevoir sa métamorphose en y impulsant des projets à la hauteur d’une ambition partagée à l’échelle de l’agglomération mulhousienne… », résument les deux présidents de l’association Frédéric Marquet et Christophe Muller. Pour eux l’avenir du site pourrait s’articuler autour de quatre volets principaux. « Il y a d’abord la préservation d’un patrimoine industriel exceptionnel, d’une richesse irremplaçable… » Il convient donc de dresser un inventaire des bâtiments à préserver en leur trouvant une affectation « qui ait du sens ».

Jamais trop tôt

Deuxième axe de réflexion, le site est très boisé. « Il y a une coulée verte à préserver autour de l’ancien réfectoire de DMC… » Plus généralement, il est souhaitable que la reconversion se fasse selon les principes du développement durable : économies d’énergie, parking en silo l’image du secteur Vauban à Fribourg. « Le futur quartier devra être écologique… » Troisième volet, la recherche de « l’excellence économique » en « favorisant les activités créatives à forte valeur ajoutée », avec la création d’une zone trinationale. Excellence dans d’autres domaines aussi : l’association propose par exemple la création d’une Maison des artistes, d’un Palais des congrès d’entreprises, d’un ensemble de restaurants dans l’ancien réfectoire, d’une halle de magasins d’usines. Autre proposition : un lieu destiné au Musée des sapeurs-pompiers. Dernier volet, l’utilisation optimale des « dimensions multiples » du site — proche à la fois de l’autoroute et de la gare de Dornach que desservira le tram-train. Au-delà, la gare TGV. Au-delà encore, l’EuroAirport. Un peu tôt pour songer à tout cela ? « Il n’est jamais trop tôt… », répondent Frédéric Marquet et Christophe Muller. « Nous pensons vraiment que DMC nécessite une grande ambition et qu’il serait dommage de céder à des solutions de facilité… »

StS

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L’ancien réfectoire pourrait accueillir, tout naturellement, un ensemble de restaurants divers. Photo Christine Hart

samedi 16 juin 2007

L’avenir du site DMC se précise

Article paru dans le journal L'Alsace le 16 juin 2007

L’avenir des 17 ha du site DMC se précise. L’industriel textile en profite pour rationaliser ses activités alors que le projet intéresse une entreprise nationale.

DMC, une vraie ville dans la ville, avec ses immenses bâtiments en brique, un parc magnifique et une volonté d’y créer un quartier à l’image des ambitions de Mulhouse, mêlant habitat et activités économiques. Hier après-midi, Jo Spiegel et Jean-Marie Bockel, entourés d’élus et des hauts cadres de la Camsa et de la Ville, ont visité le site sous la houlette de Philippe Legrand, directeur du site de DMC. Le maire de Mulhouse a souligné les liens étroits entre urbanisme et développement économique, dans « le respect de ce site patrimonial unique ». Pour le président de la Camsa, « c’est un projet d’agglomération au cœur de la ville ».

2000 m² intéressent une entreprise

Le futur de ce site repose sur cinq piliers : une vraie volonté politique, la sauvegarde de plus de 300 emplois, le renouvellement économique, la préservation du patrimoine et un projet de ville. La Camsa et la Serm ont depuis le début de cette année 10 ha à gérer. Une entreprise nationale a d’ores et déjà témoigné de son intérêt pour s’installer dans un bâtiment où elle pourrait occuper 2000 m². Une autre préoccupation est à l’ordre du jour pour Robert Pellissier, directeur de la Serm. La préservation du site en attendant la reconversion. Pierre Laplane, directeur général des services, se fait volontiers lyrique : « Il y a une nouvelle histoire à écrire ». Et de lancer un avertissement : « On n’a pas le droit d’être banal ou médiocre. Il faut trouver pour DMC un projet ambitieux à la hauteur de la mémoire de ce site ». C’est notamment le cas du magnifique bâtiment qui abritait le réfectoire auquel tout le monde s’accorde à dire qu’il faudra trouver une destination digne de ce lieu exceptionnel. La direction de DMC approuve cette philosophie, tout en travaillant à regrouper les activités de production mulhousiennes. La cohérence, mais aussi les économies générées par ce regroupement, sont intéressantes. Le dépôt logistique prendra le chemin d’Illzach d’ici quelques mois. « La concentration des moyens est aussi importante pour notre compétitivité et pour retrouver un esprit de corps un peu étiolé par la dispersion dans les bâtiments » sur le site mulhousien, précise le directeur.

10 000 points de vente aux USA

La direction de DMC a d’ailleurs profité de ce tour des propriétaires pour rappeler son rôle leader dans le fil à broder. 1, 2 million d’échevettes sortent tous les jours des ateliers mulhousiens. Tout cela décliné dans une gamme de 465 coloris différents. Avec humour, le directeur remarque que le « vrai concurrent de DMC, c’est le taux de pratique des utilisatrices ».40 000 points de vente dans le monde permettent d’écouler la production. Un sur quatre est situé aux USA et la Chine s’éveille aussi au fil à broder "made in Mulhouse". Quant à un développement lié à la mode, il ne faut pas trop rêver. La tendance en ce domaine est plutôt longue et DMC a regardé ce que l’on appelle le retour au tricot. Jugement : « Cela n’est pas assez significatif ». En attendant, DMC, la Ville et la communauté d’agglomération tricotent de conserve l’avenir d’un quartier en espérant que ce patchwork entre économie et habitat sera réussi.

R.C.

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Le réfectoire, l’un des plus beaux bâtiments industriels mulhousiens. Photo Darek Szuster

samedi 10 février 2007

DMC, un endroit fabuleux

Article paru dans le Journal L'Alsace le 10 février 2007

Les bâtiments, les graffs qui ont fleuri dans les friches, l’étang… Jean-François Mattauer est un connaisseur passionné du site DMC. Il l’a peint. Christine Hart l’a photographié au printemps dernier. Petite visite en leur compagnie.

« Je trouve cet endroit fabuleux », dit Jean-François Mattauer, alias Giefem, en parcourant les bâtiments en friche abandonnés par DMC en face de l’usine actuelle, à deux pas de la maison où il habite depuis vingt-cinq ans. On ne saurait imaginer meilleur guide que lui : ces lieux, l’artiste — dessinateur de presse de L’Alsace, peintre et musicien —les connaît comme sa poche. Depuis plus d’un an, il vient très souvent y poser son chevalet, de jour comme de nuit, pour saisir sur ses toiles de multiples facettes de ce morceau de patrimoine mulhousien auquel il est si attaché. Les bâtiments en brique rouge portent parfois leur date de naissance : « 1879 », « DMC 1901 »… Au-delà des murs, certains ont conservé quelques traces de leur passé industriel : les restes d’un pont roulant ; des quais de chargement sous leur toit en dents de scie… Le site, resté accessible, a souffert : toitures éventrées, locaux en partie incendiés, déchets accumulés… La nature y a parfois repris ses droits : en de nombreux endroits, herbes et même arbustes sont parvenus à percer le béton. « Ici, en été, c’est une petite forêt », illustre Giefem, dans un coin du plus grand bâtiment, « qui donne l’impression d’une cathédrale industrielle », dit-il.

« Une vraie galerie d’art »

Cette « cathédrale » a dû servir de refuge à des squatters, qui y ont laissé chaises ou couverture. Mais, comme les façades d’autres bâtiments du site, ses murs intérieurs ont surtout servi de support à de talentueux graffeurs. « Ces graffs sont très beaux. Je mets ce graphisme à hauteur d’artistes. Et c’est un travail gratuit, personne ne vient le voir », commente notre guide, en se remémorant sa découverte des lieux : « Ça a été une baffe. J’étais émerveillé. Comme un mec devant la première exposition Picasso. C’est une vraie galerie d’art ». Et Jean-François de rêver de voir cet espace reconverti en véritable lieu d’exposition. « J’y verrais bien par exemple des grands D’Onofrio… ». Et pourquoi pas y organiser des défilés de mode, imagine-t-il encore ! Mais ces friches sont quasi-condamnées (lire ci-contre). De l’autre côté de « l’avenue des platanes », sur le site conservé par DMC, le réfectoire et l’ancien bâtiment de la direction de l’usine ont eux aussi perdu leurs vocations respectives. Là encore, Giefem souligne le charme et la valeur patrimoniale de ces édifices qu’il a peints, tout comme l’étang voisin : « En été, il y a de superbes nénuphars. C’est mon jardin de Giverny », sourit l’artiste.

François Fuchs

Jusqu’à 100 logements

L’ancien bâtiment de DMC à l’intérieur duquel les graffeurs s’en sont donné à cœur joie et les bâtiments voisins en friche, murés ou fermés, pour certains incendiés, s’étendent sur une grande parcelle à l’angle de la rue de Pfastatt et de l’« avenue des platanes », le passage arboré qui part de la rue de Pfastatt pour aller jusqu’à la rue de Thann. Ces bâtiments déjà bien dégradés ne devraient pas subsister : un permis de démolir a été délivré en février 2006 à la société civile immobilière à qui appartient aujourd’hui ce terrain. Selon la mairie, cette SCI est en quête depuis près de deux ans de maîtres d’ouvrage intéressés par le site, mais aucun projet précis n’a été présenté pour l’heure. Le règlement d’urbanisme de Mulhouse permet, sur cette parcelle, la réalisation de 100 logements, indique-t-on. Rappelons que pour le vaste site qu’a conservé DMC, de l’autre côté de l’« avenue des platanes », un accord vient d’être conclu entre l’entreprise et les collectivités. Cet accord, présenté lundi par le sénateur-maire, prévoit notamment le recentrage de DMC sur sept hectares et le rachat par la Serm (la Société d’équipement de la région mulhousienne) des dix hectares que n’utilisera plus l’entreprise (notre édition de mardi).

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L’ancien bâtiment de DMC investi par des graffeurs : une sorte de « cathédrale industrielle » reconvertie en « galerie d’art », dit Giefem, qui adore ce lieu. Photos Christine Hart

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Selon toute vraisemblance, ces bâtiments industriels au passé glorieux seront rasés pour céder la place à d’autres constructions. Le terrain permet de bâtir une centaine de logements.

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La superbe façade de l’ancien réfectoire de DMC. Ce bâtiment, qui date de 1886, fait partie du périmètre que la Serm est chargée d’aménager. Quelle reconversion trouvera-t-il ?

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À même les murs en briques, de l’art urbain.

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Autre œuvre laissée par les graffeurs.

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L’endroit a dû servir de campement.

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Un morceau de friche sous le pinceau de Giefem.

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Jean-François Mattauer lors d’une de ses innombrables visites sur la friche qui faisait jadis partie du site DMC. Quand il ne fait pas le pitre, l’artiste y pose souvent son chevalet.